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Voyage, cuisine, artisanat marocain et babouche

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mai

18

l’œuvre de Yue Min Jun.

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«Il suffit de regarder de près la dentition très exagérée de ces rieurs invétérés pour comprendre que leur gaieté excessive est feinte.››

Pour apprécier l’œuvre de Yue Min Jun, il faut passer au-delà de la simplicité apparente des clones hilares qui ont longtemps caractérisé son travail. Comprendre que ces toiles et sculptures doivent se décrypter. N’ont- elles pas été créées dans cet univers chinois si contrôlé qui oblige artistes et intellectuels à user depuis des siècles de métaphores et messages relevant du second ou du troisième degré ? Il suffit de regarder de près la dentition très exagérée de ces rieurs invétérés pour comprendre que leur gaieté excessive est feinte, que le tableau dégage un étrange désarroi, une impalpable tristesse. Yue Mi-juin a eu le courage de cloner à l’infini son autoportrait. Le message est clair : l’artiste souhaite exprimer ce qu’il ressent face à une Chine en pleine transformation. Les couleurs claquantes rappellent ces images de propagande qui ont bercé son enfance, Pendant la Révolution culturelle.

À l’époque, dans les années 1960, ordre était de diaboliser l’impérialisme américain et tout ce qui pouvait s`apparenter au capitalisme. Aujourd’hui, on retrouve partout ces mêmes affiches colorées. Mais il s’agit désormais de publicités qui vantent toutes sortes de produits, dont beaucoup importés de cet Occident jadis honni. En reprenant ces mêmes couleurs, Yue Min Jun ne suggère-t-il pas une critique de la société de consommation dans laquelle se cherche la Chine contemporaine ? Les personnages de Yue Min Jun rient mais sont rarement actifs, comme perdus dans un monde qui ne leur offre que des dis- tractions superficielles. Le vaste ciel qui les entoure est certes très bleu, mais également totalement désert.

N’est-ce pas là une description de l’ennui, du vide intellectuel, de l’absence du débat d’idées ? Et finalement une mise en question de cette «harmonie» obligatoire qui supprime jusqu ‘aux nuages ? Le grand critique d’art chinois Li Xianting avait fait de Yue Min Jun l’un des chefs de fille du courant des «réalistes cyniques››. C’est bien au travers de ces deux qualificatifs que doit s’interpréter son travail courageux. Heureusement le rire reste communicatif, même sur la toile. Et ses excès d’ironie ne gâchent rien. Yue Min Jun a également su évoluer. Il a cessé, depuis cinq ans déjà, de produire ces visages réjouis qui se vendaient si bien sur le marché de l’art. Le voilà parti dans une nouvelle recherche artistique. Dans un travail plus obscur, tourmenté, qui ressemble à ces labyrinthes dans lesquels errent les esprits insoumis…

«Sa peinture est plate, tant au niveau des images que du métier. C`est bloqué verrouille, comme tout cliché érigé en citation»   

Toujours le même rire, face hilare peinte, exacte- ment pareille aux autres : Yue Min Jun illustre parfaitement l’art ou la technique de la répétition. Celle-ci, lorsqu’elle duplique et multiplie le même à l’identique, étant le signe évident de la bêtise. «Je dirais même plus» déclarent les Dupond ; et Bouvard & Pécuchet sont deux copistes ignares. Ilya donc quelque chose de stupide dans cette peinture. Si l’on applique à la peinture de Yue Min Jun le principe fondamental du Rire de Bergson, selon lequel le rire est toujours suscité par du mécanique plaqué sur du vivant (ou le contraire, comme l’a montré Chaplin), on peut aisément percevoir que Yue Min Jun n’étale que de la mécanique. Rien de vivant dans sa touche, son dessin et ses images. Pas même une chute burlesque en cette machine de la rigidité. Le problème, c’est que Yue Min Jun, à la différence d’Hergé et de Flaubert, n’a aucun humour. Sa peinture est plate, tant au niveau des images que du métier. Du labeur de metteur-au-net, en aucun cas un travail de peintre. C’est bloqué, verrouillé, comme tout cliché érigé en citation. Par contre, l’humour, le vrai (celui de Duchamp, T1nguel) ç Ben, Coluche ou Geluck), glisse, erre, trébuche, arpentant les surfaces des signes à l’infini.

Il n’y a rien de plus dynamique que les ritournelles de l’hun1our et leurs échos, mais rien de plus ennuyeux et fatigant que les sourdes duplications de la bêtise. L’humour décline la répétition, la bêtise la reproduit. Dès lors, de quoi s’agit-il exactement au sujet du bêtisier glacé de Yue Min Jun ? je pense que ce Chinois en mal de modernité s’est mis à rire à vide, nerveusement, un peu comme un homme tout juste sauvé d’une catastrophe. Celle de Mao ? Ou alors s’agit-il du rictus de l’idiot du village.

Mais dans le même temps, il s’est pris à ironiser maladroitement au sujet de notre culture. Il cite, pour mieux les moquer, Manet, Velázquez, Bacon… dont il a une approche superficielle et distante. Situation tragique de l’art chinois contemporain en général : on y prétend faire hardiment du neuf, mais personne ne dispose d’un patrimoine territorial pour lui donner une assise avant de s’ouvrir à l’Autre. D’un côté, la grande tradition où brillèrent les Sung et Chu-Ta s’est dissoute, d’autre part, notre modernité, bâtie sur des siècles, poursuit ses mutations. La peinture de Yue Min Jun, face à Francis Bacon, Jean-Michel Basquiat, Gerhard Richter, Christopher Wool, Julie Mehretu, n’est qu’une grimace sans importance, répétée selon la bêtise d’un potache isolé. Rira bien qui rira le dernier…

 

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