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mai

23

Quatre personnages se placent dans un cercle de discussion autour d’un sujet central

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Dans L’Étranger et le Simulacre, l’analyse de la « mise en scène » des dialogues de Platon amène Jean-François Mattéi à s’occuper du problème de la quantité.

Le professeur porte une attention particulière au Sophiste et aux dialogues « voisins» (Théétète, Politique. . .) où, selon lui, les personnages forment des paires issues d”une duplication. À l’évidence, l’étranger d’Elee, dialecticien disciple de Parménide, est un double de Socrate ; il est aussi un double de Théodore de Cyrène, lui-même étranger. Nous trouvons également deux partenaires adolescents, Théétète et Socrate le Jeune, deux sosies, Socrate et Théétète, deux homonymes, Socrate et Socrate le Jeune, et deux mathématiciens, Théodore et Théétète.

Sans entrer dans les détails de mise en  scène, disons seulement que, obéissant aux lois de la duplication, quatre personnages  se placent dans un cercle de discussion autour d’un sujet central ; entendons par sujet,  en jouant sur les divers sens du mot, à la fois le thème de la discussion et un  cinquième personnage, lequel est comme le foyer immobile où se rassemblent les  quatre autres (il est alors comparé à la déesse Hestia), ou bien à l’inverse a pour  fonction de diriger la conversation, de donner la parole à tel ou tel protagoniste.

C’est  ainsi que l`Étranger éléate, qui opère contre Parménide une quadruple scission de l’Être, est comparé à Hermès le voyageur qui «ouvre les quatre dimensions de l’espace étranger >›l. Ce Hennès tétraképhalos se manifeste partout où a lieu l’échange, et il est notamment Hermès Logios, dieu du l’engagez. La figure ci-contre, qui donne la place des personnages au moment du parricide, n’est qu’un exemple parmi toutes les pentade qui apparaissent lors de la vaste enquête de Mattéi. Celui-ci étudie bien sûr les couples Un/Multiple et Être/Non-être, mais son approche de la quaternité est différente de la nôtre. Il s’intéresse de près à cette quadruple scission du Sophiste qui distingue les quatre fameux genres de l’être : le Mouvement, le Repos, le Même et 1”Autre.

Le couple traditionnel Mouvement/Repos apparaît en premier dans le discours de l’étranger, et en se présentant comme une dyade très conflictuelle, fait jaillir l’Autre en tiers (le Mouvement est autre que le Repos) ainsi que le Même, son contraire, qui assure la cohésion du système entier. Ce second couple est même antérieur logiquement et ontologiquement au premier, qui ne fait que le mettre en évidence.

Les quatre genres entourent et crucifient un cinquième. Cependant, << l’Être, délimité par son opposition aux quatre autres, se retire au seuil du néant : il se dégage des quatre scissions, mais ne peut être envisagé qu’à partir de celles-ci. ›› L’être, au centre de la Koivœvta ou Communauté des genres de l’être, se dérobe au langage et à la dialectique. C’est ce qu’indique l’ultime pentade de Mattéi : Voyons ce que signifie la position centrale de Socrate. Les philosophes expérimentent un paradoxe ultime et inquiétant : l’être, l’unité, est ce qui se dit le plus, car la Science, traversant tous les genres, l’énonce à chaque fois et nit par l’encercler et comme le posséder sous tous ses aspects. Et là où il y a totalité, il y a vérité. Pourtant, dans le même temps, l’être, origine du dire, est ce qui se tait le plus. En effet, quatre scissions de l’être l’ont fait autre que lui-même à un tel point qu’il n’est plus, ou de façon équivalente qu’il ne se dit plus. Il ne se réduit pas à l’un de ses genres, pas plus qu’à leur ensemble.

Les quatre genres s’opposent deux à deux, mais leur Opposé commun, c’est l’être. Autrement dit, le long discours de la Communauté des genres trouve son Opposé dans le silence de l’Être. Socrate est le philosophe qui d’habitude anime les dialogues platoniciens avec l’habileté qu’on lui connaît. Or, dans le Parménide d`abord, puis dans le Théétète, le Sophiste et Enfin le Politique, il prend progressivement de la distance, son silence croît, et néanmoins il continue, en secret, à orienter la recherche. C’est en effet le Philosophe, un cinquième dialogue, qui se prépare, mais un dialogue tellement silencieux qu’il est absent l Et cependant c’est bien ainsi que Socrate triomphe, qu’il s’impose comme figure du Philosophe : il y a un temps où Socrate parle, et un temps où Socrate se tait. L’être, lui aussi, gouverne par ses paradoxes : il est et il n’est pas, origine et fin, immanent-transcendant. .. Et même maintenant que nous discutons de l’Être, nous le saisissons, mais nous sentons qu’il nous échappe dans le même temps. La thèse est ardue mais en tout cas elle fait s’interroger.

Dans une longue note qui, bizarrement, arrive très tardivement, Mattéi va jusqu’à répertorier les apparitions du nombre cinq dans les textes de Platon. Un tableau, réalisé bien sûr avec la prudence  et l’esprit critique nécessaire, compare la fréquence du 5 avec celle d’autres nombres. Juste au-dessus, nous lisons ce commentaire : << On notera sans surprise que les occurrences de la Triade et de la Pentade sont de loin les plus importantes : symbole pythagoricien de la totalité parfaite, qui embrasse le commencement, le milieu et la fin de toute chose, la triade détermine l’unité du devenir ; mais la pentade conserve le rôle premier de révéler la structure harmonique de l’être, du monde et de la connaissance. ›› Il est clair que, pour Mattéi, l’être de Platon est à jamais attaché au Cinq.

Ce qui vient avant la pentade, et notamment la triade, est cependant d’une importance capitale. Nous avons vu, nous aussi, comment les tétrades se forment «tragiquement ». La pentade, elle non plus, n’oublie rien de ce qui la précède et la construit. L’éléatisme lui-même n’est pas oublié, bien au contraire, il est intégré. Le meurtre ontologique est commis en prévision du retour vers le Centre ; finalement, il fait fleurir l’unité en pentade, il lui donne, à elle qui est déjà si précieuse et si belle, une couronne vivante à quatre joyaux. Cependant, Mattéi formule en quelques endroits ce qui, sans doute, est une mise en garde implicite de Platon.

Il dit par exemple : << Régresser en deçà de la pentade reviendrait à s’enfermer dans l’unité vide de l’éléatisme [...] ; progresser au-delà conduirait à s’éparpiller dans la multiplicité illusoire des simulacres sophistiques. ››l La pentade schématise le vrai dialogue sur l’Être, dialogue riche et animé, même s’il doit conduire au silence. Il ne faut pas en rester à un de ses moments, mais progresser jusqu»à Centre, sa quintessence ; et il ne faut pas non plus se perdre dans une grande quantité de moments. La philosophie reconnaît ce qui suffit à la Vérité, elle reconnaîtra le Cinq. Trouvons en premier lieu ce qui s’oppose à la Science et nous aurons la Dyade ultime, l’opposition de la tétrade scientifique et de sa monade originelle. Nous pourrons alors envisager l’Union absolue. Il est normal qu’à ce niveau la pensée se fasse symbolique mais aussi hésitante 1 nous avons besoin des représentations pour pénétrer sur des terres instables que la raison ne maîtrise qu’avec difficulté.

 

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